- Fujiwara Sensei. Vous êtes prêts ? LEmpereur vous attend. Demanda le serviteur en trouvant le maître de Go trépignant dimpatience seul dans sa chambre.
Sai, en entendant linterpellation du domestique, se mit à le suivre rapidement, mais fut vite intrigué par le chemin que celui-ci prenait. Ce nétait pas la même direction quils avaient prise la veille.
- Ano ? Excusez moi, mais Nous nallons pas dans la salle daudience aujourdhui ?
- Ho non, Fujiwara Sensei. Aujourdhui je vous conduis dans la salle que LEmpereur a conçue spécialement pour sa passion du Go.
Une salle spécialement conçue pour le Go ? Sai jubilait intérieurement. Il avait vraiment hâte de voir çà. A cette idée, il ne pu retenir de petits cris dexcitation. Le serviteur lui jeta un regard interrogatif en lentendant mais ne fit aucune remarque (au grand soulagement de Sai qui se sentait, tout de même, rougir de confusion de sêtre emporté si vite).
A lapproche de la salle, Sai remarqua la présence dun des conseillers de la veille. Visiblement, ce dernier semblait lattendre. Sans que le maître de Go puisse se poser dautres questions, il le vit sapprocher :
- Bonjour Fujiwara Sensei, vous avez bien dormi ?
- Très bien merci, mentit Sai qui ne voulait pas avouer quil navait pas vraiment fermé lil de la nuit.
- Vous men voyez ravi. Et, pardonnez ma rudesse, mais si je me trouve ici devant vous, cest en fait pour vous avertir de deux ou trois petites choses à faire et à ne pas faire pendant la partie. Oui, vous voyez, LEmpereur peut parfois semporter et je préfère prendre les devants afin déviter tout incident pour notre bien à tous Lhomme parlait sur un ton calme mais nélevait pas trop la voix, de peur dêtre entendu.
- Comment çà ? deux ou trois petites choses à ne pas faire ? Que voulez vous dire ? Demanda Sai, qui commençait légèrement à sinquiéter. Il ne sétait jamais retrouvé à jouer avec un Empereur après tout. Peut être quil y avait une pléthore de manières à respecter lorsquil se trouvait en face de lui. Oh ciel ! pensa til. Peut être que jai été extrêmement mal poli hier et que cest pour çà que ce conseiller est là aujourdhui ! Il veut sans doute me réprimander pour ma mauvaise conduite.
- Rassurez-vous Fujiwara Sensei, ce nest rien de bien méchant. Il faut juste que vous évitiez de parler avant que lEmpereur ne vous ait directement invité à le faire par une question ou autre. LEmpereur doit toujours parler en premier. Cest létiquette qui lexige. Hier, il na rien dit car il savait que vous étiez nouveau et déboussolé par votre long voyage, mais il napprécierait sans doute pas que vous recommenciez aujourdhui. Sinon, concernant la partie plus directement Je ne sais pas encore quel est votre niveau, mais lEmpereur est un excellent joueur et il napprécierait certainement pas, non plus, que vous vous lanciez dans une partie de Go pédagogique avec lui. Où même que vous lui proposiez quil place des pierres de handicap. Ce serait une terrible insulte à son égard.
- Ho, très bien je vois, dit Sai sur un ton plus rassuré. Bon, après tout ce nest pas énorme ce quil me demande et il est vraiment gentil de mavertir de la sorte. Dieu seul sait quelle bêtise jaurais pu encore inventer sil ne mavait rien dit.
- Bien je vais vous laisser entrer maintenant. Bonne partie ! Le Conseiller commença à séloigner du jeune maître lorsquil se retourna et linterpella à nouveau :
- Ho ! juste une dernière chose, jallais oublier ! Mais cela coule tellement de source. Je suis sûr que vous lauriez fait de vous-même Enfin, comme vous en doutez donc, noubliez pas de laisser gagner lEmpereur. Et sans que son interlocuteur ne puisse répliquer quoi que ce soit, il se retira.
Pour le maître de Go quétait Sai, les dernières paroles prononcées lui coupèrent le souffle. Le temps sembla se figer comme il réalisait soudain ce que lui demandait de faire le conseiller.
Le laisser gagner ? Mais, ce nest pas faire honneur à son niveau ni même à lesprit du Go. Et, de plus, comment puis-je espérer prouver ma valeur si je dois me contenter de suivre le jeu de lEmpereur pour lui laisser lavantage ?
Il lui semblait enfin visualiser le revers de la médaille. Tout ce luxe, tout cet accueil fastueux nétait quune façade.
Si cest çà le prix à payer pour pouvoir jouer au palais impérial. Et bien je le refuse. Je ne sacrifierais pas mon Go pour faire plaisir à lEmpereur. Je préfère encore retourner jouer de vraies parties à Tokyo.
Sur cette pensée déterminée, Sai entra enfin dans la pièce où lEmpereur lattendait.
*********
A sa grande surprise, Sai découvrit en entrant, une pièce totalement vide. Aucun serviteur, aucun conseiller nétait présent. Il navait, devant les yeux, quune gigantesque salle où se dressait fièrement, en son centre, un superbe Goban. Au fond de la salle pourtant, Sai devina la présence de lEmpereur. Il pouvait apercevoir le trône, caché derrière les fameux drapés. Sai se sentait mal à laise. Pris au piège tel un oiseau dans une cage dorée. Il se sentait observé mais ne pouvait échappé à ce regard.
Pour rompre cet atmosphère pesante, le maître de Go voulut sannoncer, mais il se souvint de la consigne du conseiller impérial : Ne pas parler avant que lEmpereur ne my ait invité.
Seulement ce dernier ne semblait pas le moins du monde pressé dinviter Sai à la parole. Il se contentait dobserver sa proie, tranquillement caché derrière les pans de tissus.
Au bout de quelques secondes dobservation, qui parurent des heures à Sai, lEmpereur lui adressa enfin ses mots :
- Bonjour Fujiwara Sensei. Je suis ravi de vous revoir et je suis fort impatient de vous affronter.
Sai se sentit très gêné des paroles de lEmpereur. Il ne sattendait pas du tout à cela et ne savait trop quoi répondre.
- euh, oui Moi de même Seigneur balbutia til.
Comme il est trognon pensa aussitôt lEmpereur en voyant le maître de Go si embarrassé. Il avait vraiment très envie dêtre encore plus proche de lui.
- Bien, Sensei, si vous êtes prêts, ne perdons pas plus de temps. Commençons la partie immédiatement. trancha lEmpereur finalement.
Sai acquiesça et se dirigea vers le Goban central. Une fois assis, il remarqua que les pans de tissus du trône sécartaient lentement. LEmpereur était, en effet, sur le point de lui faire limmense honneur de se présenter à lui. Sai nen revenait pas. Il allait enfin voir à quoi ressemblait son souverain.
Lorsque la figure divine apparue enfin, il resta stupéfait. Il était tout bonnement bouche bée devant le spectacle. Jamais le jeune maître de Go naurait imaginé que lEmpereur puisse être si beau. Il sétait, en effet, déjà crée sa propre image mentale de lEmpereur cette nuit et Sai se rendait compte, à présent, que la réalité était tout autre. Il avait, devant les yeux, un homme dune trentaine dannées absolument magnifique. Son visage était doux et ses traits fins. Ses cheveux châtain foncés étaient attachés et relevés à larrière. De plus, il se dégageait de cet homme une aura définitivement noble et chaleureuse ainsi quun sentiment dimmense sagesse. Sai était totalement ébloui et ne pensait plus à rien sinon à la contemplation muette de cet être tout bonnement superbe.
LEmpereur, de son côté, observait, très amusé, létrange expression étonnée sur le visage du jeune maître. Avec un énigmatique sourire au coin des lèvres, il vint sinstaller dignement en face du Goban et demanda à son futur adversaire :
- Fujiwara Sensei, çà ne vous dérange pas si je prend les pions noirs ?
- Je vous en prie, Seigneur. Faites comme il vous semble. Répondit prestement Sai légèrement revenu de son étonnement En effet, il devait arrêter de rêvasser. Que lEmpereur soit beau ou pas ne changerait rien. Il devait le battre.
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La partie était commencée depuis une bonne heure maintenant. Les deux hommes jouaient prudemment et sagement afin dévaluer le niveau de ladversaire. Cependant, Sai était maintenant totalement rassuré. LEmpereur, était, certes un excellent joueur, mais celui-ci ne voyait pas aussi loin que lui. Sai navait plus à sinquiéter. Il dominait de loin cette partie. De ce fait, comme il se sentait plus serein quant à lissue du duel, il détacha son regard du Goban et croisa soudain le regard perçant de lEmpereur. Ce dernier ne regardait que peu le Goban. Sai semblait être son seul sujet dintérêt.
Le jeune homme, comprenant quil était lobjet de toutes les attentions de lEmpereur, se sentit extrêmement gêné et riva, à nouveau, son regard sur le Goban.
Mais pourquoi mobserve til de la sorte ? Est-ce une technique pour tenter de me déstabiliser ? Il a sûrement du sentir quil allait perdre et il tente de me faire commettre une erreur..
Cependant, les pensées de Sai furent interrompues par la voix de lEmpereur :
- Jabandonne.
Sai sursauta.
- Jabandonne la partie. répéta lEmpereur. Je nais plus aucune chance de revenir maintenant. Votre réputation est méritée, Fujiwara Sensei, vous êtes un joueur exceptionnel. De plus, vous êtes un des rares ici à oser jouer vraiment contre moi. Cà me change de tous ses larbins qui me laisse toujours gagner. Jai vraiment beaucoup à apprendre de vous. Cette partie ma totalement convaincue : je veux que vous deveniez mon professeur de Go au même titre quObata Sensei.
Le cur de Sai semplit de joie : il avait réussi à prouver sa valeur. Il avait vraiment bien fait découter son cur et de ne pas laisser lEmpereur gagner pour lui faire plaisir. Finalement, son intuition lavait, encore aujourdhui, parfaitement guidée.
- Merci beaucoup Seigneur de maccorder votre confiance ! Cria presque le tout nouveau professeur, et, sentant quil sétait un peu laissé aller à exprimer sa joie, il reprit sur un ton plus posé :
- euh,.. Et si vous me le permettez, je peux revoir avec vous cette partie que vous avez fort bien joué.
- Faites donc. Répondit lEmpereur fort amusé par lexcitation affichée de son vis-à-vis.
Comme Sai expliquait les points forts et les faiblesses stratégiques du jeu de son adversaire, il remarqua que lEmpereur avait toujours les yeux rivés, non pas sur le Goban, mais sur sa propre personne. Il sinterrompit donc, afin dobliger lEmpereur à détourner son regard et à observer la formation de pierres quil voulait lui montrer. Mais ce denier ne céda pas à linvitation silencieuse de son professeur et continuait de le regarder droit dans les yeux. Une minute, peut être deux passèrent ainsi, dans le silence oppressant de la pièce. Les 2 hommes se regardaient sans prononcer un seul mot. Aucun ne voulait céder le premier. A ce petit jeu, Sai se sentait bien désemparé. Finalement, prenant son courage à deux mains il osa rompre le silence :
- Je .. commença til. Mais il ne pu jamais finir. Les lèvres de lEmpereur venaient de se coller prestement aux siennes.
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