Après avoir rangé ses quelques affaires dans l'étagère de sa chambre, et sautillé au moins un quart d'heure sur place en poussant des petits cris frénétiques d'excitation, Sai décida d'essayer de se calmer un peu avant la partie de demain en allant prendre un peu l'air et visiter les lieux, comme lui avait si justement conseillé l'Empereur.
Le serviteur, toujours à son écoute, le guida volontiers jusqu'au jardin intérieur du palais. Sai souhaitait prendre un peu l'air. Après de multiples tours et détours dans de longs et superbes couloirs, il se retrouva donc, devant le spectacle magnifique d'un jardin 'à la japonaise' merveilleux. Mais, tout à sa contemplation, il sentit soudain qu'on l'observait. Il ne fut pas long à deviner d'où provenait ce regard pressant sur lui. Un des hommes qu'il avait vu cet après midi dans la grande salle, se trouvait également dans le jardin non loin de lui. Celui-ci lui souriait narquoisement. Le maître du Go en eut un frisson glacé dans le dos. Il n'aimait décidemment pas cet homme. Il avait l'air d'avoir la quarantaine bien tassée et avait un regard dur et froid qui ne lui revenait pas. C'était ce même homme qui avait eu cette moue étrange lorsque l'empereur avait évoqué son actuel professeur de Go. Sai observa l'homme s'avancé vers lui et l'aborder :
- ''Charmante soirée, n'est ce pas Fujiwara san ?''
- ''En effet'', répondit Sai sur un ton tout aussi grinçant que celui employé par l'homme qui l'avait abordé. D'autant que le jeune maître avait, bien évidemment, remarqué l'insistante avec laquelle l'homme avait utilisé le suffixe San au lieu du Sensei que les personnes autour de lui utilisaient généralement. Marque évidente d'un manque de respect à son égard. ''et qui plus est dans un jardin aussi superbe. Cependant, pardonnez mon insolence, mais il ne me semble pas que nous ayons été présenté ? Puis-je demandez à qui ais-je donc l'honneur ?''
- ''Bien sûr. Même si je m'étonne qu'une personne telle que vous n'ais jamais entendu parler de moi. Je me nomme Katagawa Obata et je suis le professeur de Go de l'Empereur depuis plus de 10 ans. Autant dire que je connais sa majesté depuis qu'il est enfant.'' expliqua t'il sur un ton hautain au possible.
'Que voulait donc bien insinuer cet homme avec ses manières ?' se demanda Sai. Voulait t'il l'intimider, lui faire comprendre qu'il n'avait pas sa place ici ? C'était bien mal le connaître. Le Go et le fait de jouer contre des joueurs forts étaient ce qu'il y avait de plus important pour le maître qu'il était. Il n'allait certainement pas se laisser faire comme çà. Il opta donc pour la provocation et se contenta de répondre en s'éloignant :
- ''Que voulez vous Les temps changent ..''
Obata san ne trouva rien à répondre à cette remarque et sentit une haine folle l'envahir en voyant le jeune homme s'éloigner. Il se promit que tôt ou tard il aurait sa vengeance.
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Après une nuit plus qu'agitée due à l'excitation de l'approche du match l'opposant à l'Empereur et la rencontre inopinée de la veille avec son désormais rival, Sai se leva difficilement le lendemain matin. Il était intenable et eu du mal à garder son calme en attendant l'heure de la rencontre. En tant que professeur avisé, il savait que la maîtrise de soi était primordiale et déterminante avant un match important. Cependant, malgré le fait qu'il essayait de se le cacher à lui-même, il avait été déstabilisé par sa mauvaise rencontre dans les jardins du palais. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir un profond dégoût pour cet homme qu'an fond il connaissait à peine. Jamais il n'avait ressentit un tel mépris pour quelqu'un, aussi vite. C'est comme si tout son corps pressentait un danger et lui dictait de s'éloigner le plus possible de cet être.
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Il n'avait pas fermé l'il de la nuit. Ça ne lui était pas arrivé depuis des lustres. Lui, qui d'habitude, trouvait la vie tellement ennuyeuse et banale, avait enfin connu son premier sursaut de surprise, la veille, en découvrant le visage superbe du jeune professeur qu'il avait convié chez lui. 'Une vraie beauté', avait t'il songé en le voyant apparaître, la mine légèrement déconfite et inquiète de se retrouver dans un lieu inconnu. Il l'avait trouvé tout de suite charmant et adorable. Il s'était même demander, pendant une fraction de seconde, si c'était bien un homme qu'il avait en face de lui, tant son visage était fin et délicat et ses lèvres pulpeuses et sensuelles. Il lui semblait, à présent, que même la plus jolie des geishas ferait bien pâle figure à côté de la beauté éclatante et fraîche de ce jeune garçon. Il ne pouvait empêcher son visage d'apparaître encore et toujours devant ses yeux Il n'arrivait pas à l'oublier depuis qu'il l'avait rencontré et, une chose était évidente pour lui, désormais : il le voulait et il l'aurait.
L'Empereur avait déjà eu quelques amants dans le passé. Trop peu à son goût. En effet, bien que bien plus attiré et excité par les hommes que par la gente féminine, et ce depuis toujours, il n'avait consentit à partager sa couche avec des hommes que dans de très rares occasions. Il vivait avec la peur constante que son penchant soit découvert. Ainsi, n'avait t'il couché qu'avec des hommes sur lesquels il pouvait facilement faire pression. Il menaçait, par exemple, un jeune homme qui lui plaisait d'exécuter des membres de sa famille s'il ne faisait pas ce qu'il voulait ou s'il parlait Bien sûr, ce n'était que pures menaces qu'il n'aurait jamais osé mettre en application, mais étant doté d'une grande force de persuasion, aucun n'avait osé ébruiter l'affaire. Cependant, devoir menacer ses amants et vivre avec la peur au ventre de se faire dénoncer lui laissait constamment un grand sentiment d'insatisfaction. Finalement, depuis quelques mois, il avait renoncé à tout ce stress et préférait encore 'monter' sa propre compagne tout en fantasmant sur quelques jeunes éphèbes croisés dans la journée.
Mais, toutes ces bonnes résolutions avaient soudainement volées en éclats la veille. Lorsqu'il l'avait vu entré dans la pièce. Il ne savait pas pourquoi, mais il lui avait semblé que tout pourrait être différent avec ce jeune homme. Comme si, lui seul, pourrait lui apporter le bonheur. Peu importait qu'il soit bon ou pas au Go, il le garderait auprès de lui pour toujours.
'Mais et s'il était d'un niveau extrêmement médiocre ? et si les rumeurs que j'avais entendu sur lui était fausses ? Mes conseillers trouveraient çà sûrement suspect que je veuille qu'il reste à la cour malgré tout Ho ! et puis après tout, je trouverais bien un prétexte pour le garder auprès de moi, même dans ce cas là.. Je suis l'Empereur après tout ! J'ai tous les droits. Ce qui est certain, c'est que ce Sai Fujiwara est bien trop mignon pour que je le laisse filer comme çà.
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